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2 Octobre - Premier jour du trek jusqu’au camp de base de l’Everest.
Départ de Chay, passage du Geu-la (5170m) et nuit chez l’habitant à "Yondra".
Le lendemain matin, nous repartons tous ensemble après une nuit profonde. Nous sympathisons bien avec Manon et sa petite famille, et sommes très impressionnés par le périple qu’ils font pendant un an : ils ont déjà voyagé en Egypte, Grèce...et sont en Asie depuis plusieurs mois.
Nous attendons avec eux que soient complètement réglés leurs problèmes administratifs. Comme l’heure tourne, nous décidons de nous avancer un peu pour faire de l’auto-stop. Nous disons au revoir "au cas où" à nos amis et nous nous donnons rendez-vous à Katmandou. Pour nous commence une nouvelle aventure...
Pendant que nous attendons sur le bord de la route, deux tibétains s’approchent pour nous observer. Ils resteront à nous regarder tranquillement en souriant pendant une bonne demi-heure...sans rien dire ! Un camion finit par s’arrêter et accepte de nous emmener. Alors que nous sommes en train de nous asseoir au milieu du matériel de chantier qu’il transporte, nous apercevons la voiture de Manon et Mario qui passe sans nous voir ! Dommage !
Au point de contrôle, ils sont déjà partis et nous trouvons un autre camion pour aller jusqu’à Chay. Nous nous serrons dans la benne avec les autres passagers. Le conducteur nous fait tous descendre pour aborder la colline abrupte qui mène au village. Comme tout le monde, nous courons derrière car nos sacs sont restés dedans !
Plus tard, dans le petit village, nous cherchons un endroit où laisser notre surplus d’affaires. Nous nous adressons au bureau de police (le PSB peut-être) et finissons par trouver un arrangement avec une famille qui accepte de garder nos affaires contre rémunération. Nous achetons un soda "Jianlibao" pour prendre des forces et du sucre avant l’ascension du premier col. Il est plus de 16h quand nous quittons le village. Nous sommes, décidément, des spécialistes pour commencer les treks tardivement.
Le début de l’ascension se fait en traversant des petits buissons. Nous cherchons un sentier mais ne trouvons pas vraiment de traces. Il est vrai qu’avec l’offre croissante de packages tout compris pour le camp de base de l’Everest (depuis Lhassa ou Katmandou), pratiquement plus personne ne fait ce trek. Nous ne croiserons d’ailleurs aucun randonneur durant ces 4 jours.
Au loin, nous apercevons les 4x4 qui empruntent la route pour l’Everest. Dès que nous voyons un ruisseau, nous faisons des provisions d’eau. L’ascension est lente, nous sentons l’altitude et l’air pur qui brûle nos poumons lorsque nous respirons un peu fort. Ces sensations s’intensifient au fur et à mesure que nous approchons du col. Nous apercevons au loin les drapeaux de prière du Geu-la qui culmine à 5170 mètres. Nous nous tenons la main pour découvrir ensemble le panorama : quelle beauté ! Quelle immensité ! Devant nous se dresse l’Everest avec sa forme bien connue de diamant... C’est notre première rencontre avec le point culminant de la planète : 8848 mètres ! Aurélie éclate en sanglots et ne peut retenir ses larmes de joie en voyant la montagne appelée Qomolangma par les Tibétains. Le toit du monde n’est plus qu’à 40 kilomètres à vol d’oiseau.
Il est déjà tard et il nous faut presser le pas si nous voulons trouver un endroit où loger. L’expérience du dernier trek avec les problèmes de froid rencontrés sous la tente nous a décidé à loger chez l’habitant cette fois-ci. Le problème reste de trouver un village dans cette étendue désertique. Nous courons dans la descente et prenons la direction de la montagne magique, comme attirés par un aimant.
Ce n’est que bien plus tard, une fois que l’Everest est entièrement dans l’ombre et que la lune est apparue, que nous entrons dans un petit village tibétain. Nous croisons un homme qui nous invite à le suivre dans sa maison pour y passer la nuit avec sa famille. Lorsque nous pénétrons dans la pièce où nous sommes sensés dormir, une fumée noire nous agresse. L’aération est très mauvaise et nous expliquons que nous préférons dormir ailleurs.
Pas de problème ! En moins de 5 minutes, nous nous retrouvons dans la maison voisine, sans doute la même famille. On nous invite à partager la pièce dans laquelle vit une femme et ses 3 enfants : deux petits garçons et un petit bébé : Tenzin Dédé. Il est emmitouflé dans un petit berceau en bois, bien au chaud. Nous demandons de l’eau bouillante pour manger nos nouilles déshydratées et échangeons quelques phrases avec notre hôtesse. Lorsque nous lui demandons où est son mari, elle fait un signe de la main en montrant le ciel. Nous supposons qu’il est décédé. Toute la soirée, les deux petits garçons crasseux nous observent et se cachent derrière les poutres. Nous installons nos duvets sur une sorte de banc et nous endormons profondément. L'odeur de yak devient presque familière...
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1er Octobre - Shegar crossroads
Un bus s'arrete et parmi les passagers qui descendent se trouvent deux routards : un asiatique et un occidental. Aurélie demande au chauffeur s'il se rend à Chay, le village au départ de la randonnée jusqu'au camp de base. Il répond par la négative et redémarre.
L'occidental observe Aurélie et s'adresse ensuite à elle sur un ton prétentieux :
" Tu es française ? Je l'ai tout de suite su, ça s'entend à ton accent quand tu parles Chinois ! "
Nous nous regardons d'un air entendu : " qui c'est celui-là ?! ".
Il commence à nous parler en nous demandant des informations et la carte de notre guide. Nous avançons tous les deux sur la route avec notre encombrant compagnon qui dispense ses commentaires : " Personne ne vous prendra en stop, vous êtes deux. J'aurai moins de mal à trouver une place que vous... ".
Soudain un petit tracteur chinois nous double et le français part en courant en criant " bon et bien, chacun pour soit ! ". Nous n'en revenons pas et éclatons de rire - quelle arrogance !
Il réussit à se faire emmener et nous regardons le tracteur s'éloigner... Pas question de se décourager ! Nous trouverons bien quelqu'un qui acceptera de nous prendre, et lui n'ira pas très loin avec ce tracteur.
Quelques instant après, une jeep nous dépasse alors que nous faisons signe à son conducteur. Elle s'arrête un peu plus loin et nous courons pour la rattraper. Elle est occupée par quatre jeunes touristes Chinois. Aurélie leur explique où nous voulons nous rendre. Ils ne connaissent pas Chay, mais quand elle mentionne le camp de base de l'Everest, ils lui répondent en souriant : " Le camp de base de l'Everest ? Pas de problème, c'est là que nous allons ! ". Ils sont sympathiques et acceptent de se serrer pour nous faire de la place.
Ils viennent du Sichuan et ont travaillé comme ingénieurs plusieurs mois sur des chantiers au Tibet. Ils souhaitent faire un peu de tourisme avant de rentrer chez eux. Viennent ensuite les questions traditionnelles sur les salaires en Europe...
Quelques kilomètres plus loin, deux silhouettes familières se dessinent : c'est le Français qui fait de l'auto-stop accompagné du Coréen ! Nous ne pouvons pas retenir un sourire de satisfaction en le dépassant. Dommage qu'il n'ait pas vu que nous étions dans la jeep !
Plus tard, nous arrivons à un croisement bordé de travaux et de constructions récentes. Nos conducteurs bifurquent vers la ville de Shegar et nous assurent que c'est là-bas qu'il faut aller pour se rendre au camp de base. Nous préférons rester sur la route principale et continuer jusqu'à Chay. D'après notre carte, il y a un check point avant le village que nous n'avons pas encore franchi, mais cette fois nous avons un permis ! Si la chance continue de nous sourire, nous pourrons dormir là-bas ce soir et démarrer la randonnée demain matin.
Un camion accepte de nous emmener jusqu'au check point, ou plutôt quelques centaines de mètres avant. Nos permis sont en règle mais le conducteur est inquiet. Depuis la route qui descend vers une large vallée désertique, nous apercevons le poste de police. Difficile de le louper, c'est un bâtiment neuf à l'extrémité du seul pont qui traverse le lit presque sec d'une rivière. Il n'y a sinon que le ruban de la route poussiéreuse dans ce paysage aride entouré de montagnes.
Nous arrivons donc à pied au check point ! Les passagers de quelques véhicules attendent pour présenter leurs documents. C'est ici que nous faisons la connaissance d?une famille de québécois : Manon, Mario et leurs enfants Sébastien et Jean-Christophe voyagent autour du monde !
Ils sont en train de vivre une expérience peu banale... le chauffeur - fourni par une agence à Lhassa - n'a pas d'autorisation pour passer ce point de contrôle ! Ils sont inquiets car ils doivent être à Katmandou dans quelques jours seulement. Mario ne décolère pas non plus contre leur "guide", un jeune tibétain occidentalisé qui accumule les bourdes et risque de leur faire manquer le camp de base de l'Everest. Ils doivent retourner à Shegar pour ces formalités et nous réalisons que nous ne rejoindrons pas Chay le soir même. Ils offrent alors de nous emmener dès leur problème résolu. Aurélie leur propose son aide en tant qu'interprête et nous essayons aussi de leur remonter un peu le moral.
Le guide semble assez surpris de nous voir monter dans la jeep mais Manon et Mario sont inflexibles. Nous allons donc ensemble à Shegar pour nous occuper de ces formalités qui s'avèrent assez rapides... puisqu'ils devront y retourner le lendemain. Le guide nous conduit ensuite dans un hôtel récent et luxueux construit à la sortie de la ville ! Il est quasiment complet et les chambres que l'on nous propose sont hors de prix. La nuit est tombée lorsque nous revenons à la croisée des chemins et nous nous empressons d'emmener tout le monde dans une pension tibétaine qu'Aurélie a dénichée. Nos amis québécois sont épuisés et nous dînons tous les deux dans un boui boui, avant dans dormir un dernière fois dans un lit avant plusieurs jours de bivouac.
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